Les petits papiers d'Aya

C’est un pudding bien lourd

‘jour tout le monde!

Ah je sais, deux articles en un weekend, ça tient de l’exploit!
Je ne vous propose pas une nouvelle aujourd’hui, mais des listes. Ça a une vocation théâtrale, mais je décide de les mettre quand même parce que vous vous reconnaîtrez sûrement au moins un peu…
Quatre listes donc, et n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des idées supplémentaires :)

***

Les pires choses à répondre à un « Je t’aime »

– Merci.

– D’accord…

– Moi aussi je m’aime.

– T’es la douzième. Aujourd’hui.

– Comment ça ?

– Qu’est-ce que c’est banal.

– C’est tellement so 2012.

– Je sais pas quoi dire, mais j’ai pas envie de te laisser dans le silence, alors je vais commencer à dire n’importe quoi, gnou, choucroute, hélicoptère, patinoire, boudin, chicaner… (s’éloigne en parlant toujours)

– Merci maman.

– part.

– Oh tu m’as fait peur, j’ai cru que c’était quelque chose d’important.

– Ah je comprends, moi aussi ça m’arrive.

– C’est dans quelle chanson déjà ? Je t’aiiiiiime, je t’aaaaiiiiiime, comme un fou, comme un soldat…

– MENTEUR (gifle)

– pouffe.

– Je sais.

– Miaou.

– C’est pas possible, c’est pas possible, c’est pas possible… (s’en va en pleurant)

– Pourquoi tu dis ça ?

– J’aime beaucoup tes collants.

– Moi aussi, t’es comme un frère pour moi.

*

Les pires mensonges dont un célibataire aimerait se convaincre

– Si je voulais, je pourrais.

– La St Valentin, c’est trop commercial.

– J’ai mes amis, ça me suffit.

– Je tiens à mon indépendance !

– Au moins je peux manger de l’ail.

Mieux vaut être seul que mal accompagné.

– C’est moins d’emmerdes.

– J’ai pas besoin d’un homme pour exister.

*

Les mensonges qu’on dit à un(e) ami(e) qui vient de se faire larguer

– Tu mérites mieux.

­– Une de perdue, dix de retrouvées !

– Je peux te le dire maintenant : je l’ai jamais aimé.

– Il t’aimait trop, ça lui a fait peur.

– Si j’étais une nana, je te sauterais dessus.

– De toute façon c’est tous les mêmes.

*

Les trucs de couples qui énervent les célibataires

– se donner de surnoms débiles

– faire des allusions qu’ils sont les seuls à comprendre

– toujours parler en nous

– leurs démonstrations d’amour sur Facebook

­– les habits, tatouages, pendentifs, ou autre coque de téléphone assortis

– les sorties en couple de couples

– être incapable de prendre une décision sans l’autre

– s’envoyer des messages en permanence, même quand ils sont avec toi

– les petits bruits qu’ils font en s’embrassant

– quand ils commencent à se grimper l’un sur l’autre et que tu te retrouves à compter les briques du mur

– réserver tout son temps libre pour l’autre, et si t’as la chance de décrocher un créneau pour voir un des deux, il ramène l’autre avec lui

– commander systématiquement un plat pour deux ou piquer dans l’assiette de l’autre

– Non, c’est toi qui raccroches.

***

Le titre de l’article fait en référence à cette chanson (ça s’applique surtout à la dernière liste).

Ça dégouline d’amour, c’est beau mais c’est insupportable.

Papier du 6.12.2013
© Aya.

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Rue Victor Hugo

Je suis revenue du weekend de remise des prix du Prix Interrégional des Jeunes Auteurs (voir Maintenant) il y a deux semaines, alors il est temps de présenter le petit texte que j’ai écrit durant l’atelier d’écriture. C’était assez compliqué, on avait des contraintes de lieux ou autres à intégrer dans le texte (j’ai pas tout respecté si je me souviens bien), et une partie écrite par quelqu’un d’autre.

C’est pas vraiment ce que je fais habituellement, pas spécialement joyeux, mais c’était intéressant à faire. On n’a pas eu des masses de temps pour écrire, mais j’ai choisi de le garder tel quel.

Rue Victor Hugo

L’eau sous la proue défile, tout comme le temps, tout comme le rouge soleil disparaîtra bientôt dans le néant, avant de revenir plus brillant pour une aube nouvelle. Mais il y a des choses qui ne reviendront jamais. Lentement la pluie, mes os, l’absence de mes habits et l’absence d’elle.

J’ai jamais aimé le beau. Je suis né dans la laideur et j’ai grandi dans la médiocrité. Je m’y suis résigné au final ; mon existence serait la particule infime du fil d’un tissu d’un immense patchwork. J’ai connu la vie en étant un rien, aspirer à plus est illusoire.

Je me suis donc détesté avec application, comme d’autres peignent, comme d’autres écrivent, et je m’en suis supporté un peu mieux de me haïr si bien. Et puis elle est arrivée. Elle a foutu un grand bordel dans ma tête, dans ma vie, dans moi-même.

J’errais sans but sur les quais de la Seine, sur la pointe de mon cœur. C’en était fini de moi. Je voulais atteindre le paroxysme de mon autodestruction. Cesser d’exister. Une pression des doigts sur la gâchette. Une détonation. La paix. Et là, quand elle a posé les yeux sur moi, j’aurais pu choper la philocéra d’Amazonie du Sud, courir à poil sur l’autoroute ou directement signer un bail pour l’enfer, j’avais trouvé un quelque chose ; un putain de quelque chose qui te tarare d’une oreille à l’autre avec un bruit aigu.

Comme je rêverais de la rencontrer comme la première fois sous le pont squatté par les SDF, près de la rue Victor Hugo. Les pieds dans l’eau et le cœur au bord des pupilles, car il y a tellement de force dans son regard que les mots n’auront jamais.

Papier du 23.11.2013
© Aya.

*

Je tiens à préciser quel est l’extrait, écrit par Geoffrey JF Marchand que j’ai décidé d’intégrer dans mon texte :

Et là, quand elle a posé les yeux sur moi, j’aurais pu choper la philocéra d’Amazonie du Sud, courir à poil sur l’autoroute ou directement signer un bail pour l’enfer, j’avais trouvé un quelque chose ; un putain de quelque chose qui te tarare d’une oreille à l’autre avec un bruit aigu.

Essais

Envie d’écrire en ce moment, mais pas d’idée pour une *grande* nouvelle alors je ponds des petits essais en attendant d’avoir ma petite ampoule qui s’allume.

En résumé, un grand dawa de mes pensées qui n’a d’intérêt que de me vider la tête. Et de poster quelque chose ici.

(Envie de faire deux trois rimes.)

Dans la peau d’un homme

Tu avais cette jupe, celle qui ne me plaira jamais, et tes cheveux relevés dévoilaient ta nuque gracile, comme prête à se briser. Tu n’avais qu’à sourire…

Qu’est-ce que tu étais belle, et comme je t’en ai voulu d’autant t’aimer, et de savoir que je ne m’en remettrai pas.

Et toi, toi tu m’as détesté.

*

Le Cauchemar

Je la hais si tu savais. Cette sensation du matin, celle où tu tu dois revenir à ta vérité. Peux-tu te représenter le soulagement de se réveiller d’un mauvais rêve et de comprendre que tout n’était que fiction, aucune de tes angoisses n’existent réellement? Eh bien, ce sentiment dont je te parle, c’est tout l’opposé. Je vis dans une paisible réalité, et j’ouvre les yeux pour découvrir un terrible cauchemar. J’avais appris à aimer cet affreux songe, à abhorrer les merveilles que le sommeil nous fait miroiter.

Mais tu m’as fait oublier.

*

Alexandrins

le temps est un tyran et je le lui pardonne

si tout change mon amour c’est la faute des humains

car le vrai châtiment est pour qui abandonne

qu’importe le temps qui court si personne le retient

*

Un bruit

Il y eut un bruit que je croyais disparu

Un murmure, un cri que j’avais pensé perdu

J’ai cherché partout, j’ai retourné le désert

J’entendais mon pouls au rythme d’une douleur amère

Puis j’ai répondu, j’ai vidé tous mes poumons

Mais ta voix s’est tue quand j’ai appelé ton prénom

Cet ignoble écho faisait la joie des passants

Des tristes badauds qui écoutaient en riant

*

Le Chevalier des Pleurs

Oh te souviens-tu de nous et des tes promesses

Et comme nous étions deux fous ivres de détresse

Quand sous le poids des pensées le bonheur s’affaisse

Au moins étions-nous alliés dans notre faiblesse

 –

Papier du 25.10.2013
© Aya.

Monologues

J’ai écrit quelques monologues pour le groupe de théâtre du gymnase, ça change de ce que j’ai l’habitude de faire mais c’est pas mal :). Je viens de déposer mon inscription pour les Travaux de Maturité, un projet d’écriture en anglais en collab’ avec mon meilleur ami, je me réjouis de me lancer dans encore un nouveau projet, même si cette année s’annonce stressante…
Bref!

Monologues

J’adore la pluie, et j’adore le son de la pluie. Mais si les gouttes d’eau ont une conscience, le bruit de la pluie n’est que leur dernier soupir…

*

Les gens qui te rendent ton stylo quand tu viens de refermer ton sac m’horripilent. Je peux pas m’empêcher de penser qu’ils me rendront mes chaussures quand je serai cul-de-jatte.

*

C’est un joli pantalon que t’as là. Fin, léger, élégant… Et même… brillant ? C’est dommage que sa propriétaire soit pas assortie.

*

Quand je suis pas chez moi et qu’il me reste plus qu’1% de batterie sur mon téléphone, j’ai l’impression d’être Rose dans Titanic quand son mec l’abandonne sur une porte. Ne meurs pas petit pourcent.

*

L’espoir, c’est de rester sourd aux gens qui te disent qu’ils ont vu le prof ce matin et de continuer à compter le nombre de minutes qu’il te reste avant de pouvoir partir.

*

On nous parle d’Israël, de Syrie, des Etats-Unis, mais la vraie 3e guerre mondiale a éclaté il y a bien longtemps, sur une dramatique divergence d’opinion qui nous sépare tous en deux clans : plutôt chien ou plutôt chat ?

*

Vous voyez ce moment où tout est calme, silencieux… et soudainement, vous entendez le tic-tac de l’horloge, qui était pourtant là depuis le début. Eh bien parfois je suis le tic-tac de cette horloge, et mes « amis » ne m’entendent que lorsqu’il n’y a aucun autre son dans leur vie. J’étais là. Je ne suis jamais partie.

*

Des fois je vois un prof gesticuler en donnant son cours, et je me dis qu’il faudrait inventer un bouton « mute » dans la vie réelle. Couper le son. Ce serait plus supportable.

*

J’ai beau détester les parents qui parlent en « ah gaga » à leur bébé, j’ai vraiment un sentiment de fierté quand je miaule à mon chat et qu’il me répond.

*

A tous les hommes qui pensent que les femmes sont inutiles, c’est faux : ce qui est vraiment inutile, c’est une femme qui attend que son vernis sèche.

*

J’ai faim. Je vais pas ENCORE bouffer, j’ai fait que ça aujourd’hui… Sans compter que j’ai toujours pas repris le sport. Un jour, c’est décidé, je tiendrai mes résolutions. J’AI FAIIIIM. Self-control, pense à ton beau ventre tout plat que tu as mis des mois à… Oh tiens, du chocolat.

*

Croissant, pain au chocolat ? Croissant, pain au chocolat ? Allez croissant. Non, pain au chocolat… Non non non croissant. Oh, bonjour madame ! Un taillé s’il vous plaît.

*

Porter des verres de contact intrigue. « Ca fait mal ? C’est fou, on les voit vraiment pas. Mais pourquoi tu mets pas de lunettes ? » Eh bien, j’arrêterai de porter des lentilles le jour où on inventera les essuie-glaces à lunettes.

*

Il y a certains mots qu’il faut éviter de dire pour rester crédible. Truite. Chicaner. Poulet. Achalandé. Enquiquiner. Gnou.

*

Je crois que dans ma classe, ils sont allergiques à mon téléphone. A chaque fois qu’il sonne, tout le monde se met à tousser en même temps…

*

Les 3 questions que les hommes se posent sur les femmes :

1. Pourquoi vont-elles toujours aux toilettes en groupe ?

2. A quoi servent toutes ces crèmes sur le lavabo ?

3. Pourquoi quand elles disent un truc il faut comprendre le contraire ?

*

Leçons de ma première semaine de gymnase :

lundi : comprendre le système des absences

mardi :  trouver ma salle

mercredi : éviter le nuage de fumée à l’entrée

jeudi : les portes s’ouvrent vers l’EXTERIEUR

vendredi : sous peine de dommages physiques graves, repenser à la leçon de jeudi. Ne PAS raser les murs.

*

Ils en sont tous dingues… Les foules s’amassent pour le voir… Il incarne tous nos espoirs du matin… La cible de tous les regards, j’ai cité… L’écran d’affichage !

*

Les 3 questions que les femmes se posent sur les hommes :

  1. Pourquoi ne peuvent-ils faire qu’une seule chose à la fois ?
  2. Pourquoi l’AXE ?
  3. Pourquoi cette fascination pour les voitures ?

 

*

 

Je crois qu’on a tous déjà connu ce prof avec un tic du langage tellement évident qu’on est trop concentrés à compter les coches pour chaque fois où il utilise son expression, et on n’a plus aucune idée de quoi il parle.

*

Je déteste les films ou les livres qui n’ont pas de fin. Je trouve ça trop minimaliste. Trop facile. C’est un peu comme si —

Papier du 29.09.2013
© Aya

Les Papillons

Il faut que je rattrape mon retard sur le Polar aux Ides, alors voici un texte que j’ai commencé en Martinique et que je viens de finir. Rien d’exceptionnel, je ne suis pas spécialement fière de ce texte mais peut-être qu’il vous fera sourire un peu alors je le mets quand même.

J’ai choisi cette photo de Mélanie, dont vous pouvez voir l’article ici:

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J’ai opté pour l’interprétation (un peu simpliste me direz-vous) de la citation comme la désillusion d’une fille “de la campagne”, mais assez parlé.

Les Papillons

Je le sens mal. Non, vraiment, je le sens mal. Oui je sais, on n’a pas fait tout ça pour reculer au dernier moment. Oui, peut-être bien que je fais encore ma poule mouillée mais je t’assure. C’est pas une bonne idée. D’accord, je vais me taire, et on va y aller. Mais tu t’énerveras pas quand je dirai que je t’avais prévenue.

Ça commence bien, j’ai failli me tordre la cheville sur ces escaliers. Soirée Red carpet mon œil. On dirait la moquette de mamie. Elle en a mis dans la salle de bain, autour des toilettes, et elle appelle ça La Salle du Trône. Sauf que chez elle, j’ai un pourcentage raisonnable de chance de finir avec zéro jambe dans le plâtre. Avec douze centimètres de talon, ça se complique.

Mais là quand même, pour une soirée aussi select ils auraient pu faire un effort. Mettre un escalator, je sais pas.

Regarde un peu ce videur, il s’est cru chez Colgate. Je suis sure qu’il vient de se faire retirer ses bagues, moi aussi je souriais comme une débile après ça. Ou alors il vient de découvrir qu’il avait des dents, et comme il a pas l’air de savoir parler, il les montre. On dirait un mime, il indique la porte et hoche la tête, mais ne répond pas quand je le salue. Dis, tu m’écoutes? Pourquoi tu dis rien?

T’es têtue quand tu t’y mets. Tu trouves pas ça beau quand même? Tout ce petit gratin engoncé dans des robes tellement moulantes que même ces sacs d’os en dépassent ? Tu sais ce que je pense? Si ça se trouve elles sont rationnées niveau tissus. Elles économisent sûrement pour le prochain must-have, des Jimmy Choo léopard ou dieu-sait-quoi. Mais même comme ça je m’achète un troupeau de yachts domestiques avec un seul de leurs fourreaux.

Hé allez, on n’a pas fait deux pas que le sosie de Naomi Campbell nous saute dessus. Welcome ? C’est ça oui. T’as vu comme elle m’a regardée? Elle se demande si je suis digne d’entrer… On est aussi welcome ici que du fenouil dans une tarte aux pommes. Sûrement qu’on est pas assez bien pour eux. Ou trop bien au contraire.

J’en ai assez, on rentre… Tu vois pas qu’on sera jamais d’ici?

On était bien, chez nous, non? Les lumières au-dessus des arbres nous attiraient comme des papillons. D’ici elles m’aveuglent.

J’ai mal aux yeux, regarde-moi ces malheureux. On les éblouit avec des paillettes et ils en ressortent tout abrutis. Ecoute ça, c’est la voix du bling-bling. Il crie fort et à chaque bling-bling il les rend sourds. Bling-bling la morale; bling-bling le bon-sens; bling-bling la résistance. Ils n’ont plus rien que leurs os froids et la lumière crue pour danser.

Chez nous la flamme vacillait, mais au moins elle nous réchauffait.

Papier du 14.09.2013
© Aya.

Pincez-moi-je-rêve

Si vous avez l’envie – étrange – de vous imaginer telle que je suis en écrivant ces lignes, représentez-vous une graine de popcorn juste avant son explosion.

Je suis très excitée de pouvoir vous annoncer que j’ai été retenue dans les lauréates de PIJA (le concours de prose pour jeunes auteurs). Ma nouvelle Maintenant va donc être publié dans le traditionnel recueil de textes…

Wahou. Ça fait bizarre! Des gens que je ne connais pas vont lire – ont lu – ce que j’ai modestement écrit dans ma petite chambre…

Sinon dans la catégorie il-m’arrive-des-trucs-de-malade-j’en-reviens-pas, j’ai déjà beaucoup de nouveaux projets pour cette année, mais j’en parlerai plus tard… Pour l’instant j’aimerais juste dire que je vais essayer d’être plus présente sur ce blog et de me tenir à un minimum d’un article hebdomadaire.

Je finis cet article avec une photo (de moi) prise par Mélanie. Allez voir son blog photo, ça en vaut le détour! :)

Image

Papier du 12.09.2013
© Aya

Speech

Hey there lovely people :)

So this post is a bit special because it’s not really a short story or an artistic production, but I still wanted to put it in here for it means a lot to me.
Our English teacher didn’t want to make us work for these last days before the summer break, so she decided that each person could write a little speech to say in front of the class. Most people wrote funny stuff and it was really great, however, after writing a short critic of the high school with two friends, I felt it was the time for something else.

It’s something I had been meaning to do for a long while, but I was not surrounded by the right people and I wasn’t exactly ready either. This year, I met wonderful people in my class. We’ve built strong bounds, most of them are now great friends. That’s why I thought it was the perfect timeliness to take the chance to be heard. Here’s the speech I pronounced:

Speech

I’m standing here today, in front of you, because I’d like to tell you something about me. This is not a story. This is real. I already explained to some of you what I’m going to say, but I want to make sure everyone in this class knows. It might be a bit selfish to waste your time with my speech, and I hope you’ll forgive me for that. Forgive me too if I’m bringing your mood down, it is absolutely not my intention.Five years ago, when I was ten – almost elven –, my father committed suicide. He was only forty and he decided that life wasn’t worth living, so he took a gun and shot himself in the heart. He had never shown any sign of depression, he had never physically harmed himself until then, it was a terrible shock for my family and me. I don’t know why he did this, I don’t know how long he had been feeling down. I have no explanation and it’s not always easy to accept that I will never know the reason of his choice.

I’m not an attention-seeker. I’m not here because I want you to feel sorry for me. Don’t. We met around ten months ago and I respect, I trust all of you, that’s why I didn’t want to spend three years with the bitter feeling that you don’t know me at all. I’m not afraid to tell you this, because my father is not a taboo subject and you can ask me anything you want about him. Let me just decide if I want to answer or not.

Now, the real reason I’m being so self-centered is that I want to thank you for being the kind and awesome friends I’ve learnt to know. Yes, friends : we’re not only class mates. I won’t deny that there are a few of you I’ve hardly ever talked to, I barely know which sport you like, and that’s all. It’s a shame and it saddens me, although it’s normal : I guess you can’t be friend with everbody.

However, this is for all those who will accept it, whether you’re close to me or not : I will always be there for you. Feel free to use me if you need to.

I have friends who always show a bright side. They’re this kind of people that look always so cheerful and happy that it’s annoying. They never seem to have any problem in their lives, and while you’re helping yourself from crying, they’re smiling. I have friends like this. And sometimes, even they can’t take it anymore. Some force themselves to throw up their last meals. Some even cut. Do you know why they do these things ? I’m pretty sure they’re not seeking for attention. I believe they’re just feeling lonely. Because sometimes you just feel too different, like nobody can understand what you’re going through and who you are, or you don’t want to annoy your friends with your problems, so you keep all the trouble for yourself and when you can’t handle it on your own anymore, you start feeling lonely, and you do these things I talked about. You don’t have to end up this way, but you have the right not to be always strong. You can allow yourself some moments of weakness as long as you get back up afterwards. If you need somebody to talk to, I’m here. I can hear everything you’re willing to tell me. I’m not saying that I can understand everything. There are some things that need to be lived to be understood. But I’d like you to know that I understand how it is to feel down, and how it is to have the feeling that nobody can understand, that nobody cares. I will always care. If you fall down, I beg you to use my hand to help you getting back up. Again, and again.

It was so weird saying this. It’s natural to write, and still the words aren’t easy to say. It’s also a unique feeling when around twenty people are staring at you with their eyes red, trying not to burst into tears (luckily nobody cried).

I had never heard the kind of silence there was when I was talking. They didn’t dare to move. It’s amazing to picture all of them not making a noise. My voice was the only thing that broke the hush.

I tried to look at every person, and each time my eyes met another pair of eyes, there was that link, and I felt that they cared. It was heartwarming because I could almost feel a wave of kindness and comfort coming from them to reach me.I’m so glad I did this, I’m relieved. I don’t feel like a liar anymore. And they’re all so sweet.

Papier du 11.06.2013
© Aya

Maintenant

Holà la pipole!

Je vous avais prévenu dans MMXII que j’avais décidé de participer à un concours de prose, eh bien… c’est fait! J’ai envoyé ma candidature hier, et je peux donc enfin partager ma nouvelle, sur laquelle j’ai passé beaaaaucoup de temps! Au fait, j’en ai profité pour l’illustrer dans le cadre du Polar aux Ides par une photo du blog de Mélanie, comme d’habitude.

Et comme les discours les plus courts sont les meilleurs, je vous souhaite un bon mois de novembre et une bonne lecture!Maintenant_titre

Maintenant

Elle pousse un soupir en atteignant l’Abri. Elle s’assied sur son habituel tas de bois et ramène ses genoux contre elle. Ses vêtements et sa tignasse détrempés collent à sa peau, ils accentuent la sensation du froid paralysant. Elle essuie frénétiquement les grandes taches floues sur ses lunettes, et pour mettre un terme aux violents grelottements dans son corps entier, elle saisit un thermos et brûle sa gorge avec quelques gorgées d’un thé trop sucré.

Elle ne saurait dire exactement quand elle a découvert l’Abri, ni combien d’heures elle y est restée, mais c’est devenu son véritable refuge. Elle y passe tous les jours de soleil ou de ras-le-bol, comme aujourd’hui où une scène spécialement violente a éclaté à la maison sous un prétexte totalement ridicule – pour changer… Peu importe qu’elle s’échappe de toute manière, tout le monde a mieux à faire que de lui prêter attention. Elle peut tout aussi bien se payer le luxe d’échapper à ces crises.

Elle glisse les écouteurs dans ses oreilles, le volume réglé au maximum. Elle ferme les yeux ; la chanteuse au phrasé langoureux et elle susurrent en chœur des douceurs américaines. Les paroles glissent sur sa langue comme des bonbons à la cerise, la mélodie l’entoure d’une bulle cotonneuse qui assourdit ses sensations. Elle oublie la morsure de l’eau glaciale ; la rumeur de la ville au loin se tait ; elle ne sent plus le parfum de l’herbe mouillée. Il ne reste plus que les basses puissantes qui résonnent dans tout son corps. Son cœur se calque sur le rythme régulier et son pouls devient l’horloge dans sa poitrine.

Boum boum. Tic. Boum boum. Tac.

Elle ne veut plus penser. Elle en a assez du torrent qui bouleverse son esprit en permanence, elle ne veut plus être consciente de rien. La musique parvient à peine à étouffer toutes les folies qui lui passent par la tête. C’est de plus en plus difficile pour elle d’oublier tout ce qu’elle voit. Peut-être qu’il y a vraiment quelque chose qui ne va pas chez elle.

Il ne faut pas qu’elle y réfléchisse encore, alors elle chante plus fort, toujours plus fort, et à travers sa voix brisée, elle tente d’exister.

Elle peut bien crier, personne ne l’entend.

Elle en profite pour hurler à s’en déchirer les poumons, elle semble agoniser, perchée sur son fagot.

Les derniers accords s’étouffent et la chanson s’achève. Elle n’a pas la voix ni l’envie de s’égosiller sur une autre, alors elle libère ses tympans endoloris et laisse reposer sa tête contre le mur de l’Abri. Le tic-tac ralentit, la chaleur s’enfuit de ses extrémités.

Et les pensées délirantes l’assaillent.

*

« Maintenant. »

Elle ouvre brusquement les yeux. L’homme qui a parlé se trouve à quelques mètres d’elle et la dévisage, ruisselant de pluie. Hébétée, elle parvient difficilement à lui demander ce qu’il fait ici.

« Je compte » répond l’inconnu sans plus d’explication.

Il cesse de la regarder pour se concentrer sur une montre à gousset sans âge qui oscille entre ses doigts.

« Vous comptez ? répète-t-elle, incapable de formuler une autre phrase.

– Je compte les secondes » acquiesce-t-il.

Elle tourne son regard dans la même direction que lui.

« Pourquoi compter si vous avez une montre ?

– Qui dit qu’elle est juste ? » réplique l’homme du tac au tac.

La fille tente de noyer son agacement en se concentrant encore sur l’oignon[1]au laiton vieilli. L’homme dit vrai : elle remarque qu’il n’est pas à l’heure et si l’on en croit l’aiguille immobile des secondes, il est même arrêté.

­« Pourquoi avoir une montre si elle est fausse ? »

Il cherche une réponse pendant quelques instants, et un large sourire s’épanouit sur son visage lorsqu’il lance malicieusement :

« Pourquoi est-ce qu’une montre aurait besoin d’un humain qui n’indique pas l’heure correcte ?

– Pour la régler à la bonne heure, rétorque-t-elle fièrement.

– Et pensez-vous vraiment, s’esclaffe-t-il, qu’il est important pour cette montre d’être à l’heure ? D’ailleurs, quelle heure est-il, mademoiselle ? »

Elle jette un rapide coup d’œil à son portable avant de répondre.

Des larmes perlent le long des joues de l’homme tandis qu’il se roule par terre, écrasé de rire.

« Comment connaissez-vous l’heure ? dit-il en essuyant son visage du revers de sa main.

– Je viens de consulter mon téléphone, vous avez bien vu, non ?

– Et sur quoi est réglée l’heure de votre téléphone ? »

Elle en reste bouche bée. Il lui semble qu’il est connecté à un satellite, mais elle n’en est pas certaine. Au bout du compte, le système des heures n’est qu’une convention plutôt stupide…

Comme en écho à ses pensées, il sourit, avec cependant une note grave dans la voix :

« Savez-vous combien de fois le système des heures a changé dans l’Histoire ? En ce moment, il n’est pas plus – combien déjà ? Ah oui – dix-huit heures cinquante-huit que écureuil baveux heures bananes transgéniques, vous me suivez ?

– Vous êtes en train de me dire qu’il n’est pas dix-huit heures cinquante-huit ? résume-t-elle. C’est très précis les satellites, vous savez…

– Je suis simplement en train de vous dire qu’au final vous devez vous fier à une montre pour vérifier une heure que vous avez fixée vous-même, alors autant l’inventer directement. C’est vraiment pas fiable votre système.

– Vous avez mieux ? le défie-t-elle avec un rictus provocateur.

– Je prends le parti de me fier à l’heure la plus précise possible, elle est toujours exacte, vous allez voir c’est formidable. »

Il saisit un bâton de bois et tâte le sol jusqu’à trouver de la terre meuble, puis trace précautionneusement : maintenant. Elle s’approche, perplexe, et attend la suite.

« Alors ? Pratique non ? »

Elle ne répond rien.

« Comme vous pouvez le voir, c’est un engin très ingénieux : peu importe combien de vos heures, de vos années s’écouleront, il sera encore juste. Pas besoin de remonter sa mécanique, pas besoin de changer à l’heure d’hiver ou d’été… Encore, si j’avais juste dit à haute voix « maintenant », ç’aurait été faux à peine formulé. Mais là, c’est impérissable ! De la haute technologie ! »

Elle croyait en avoir fini avec ses hallucinations.

*

Elle se demande ce qu’il veut lui faire. Des scénarios improbables défilent dans sa tête : un fou échappé de l’asile ; un ermite que la solitude a coupé de la réalité ; un dangereux tueur en série ; un obsédé aux mœurs douteuses… Et pourtant l’homme est calmement assis par terre, comme s’il venait régulièrement dans l’Abri pour effrayer de jeunes inconnues.

Il tourne les yeux vers elle, amusé par sa perplexité, et demande :

« Et vous ? »

Une vague de panique l’envahit. Et elle ? Elle est la victime. Elle va finir sa vie ici, elle le sait. C’est une question de secondes. Mais apparemment, l’homme n’est pas du genre pressé, alors autant faire durer ses derniers instants. Avec un peu de chance, elle réussira à l’amadouer suffisamment pour qu’il n’ait pas le cœur de l’achever.

Mais si ça se trouve, l’homme n’est qu’une illusion. Un ennemi imaginaire créé par son cerveau détraqué.

Comme elle reste muette, il reprend.

« Et vous, qu’est-ce que vous faites ici ? »

Elle comprend qu’il faut qu’elle réplique rapidement, ne serait-ce que pour essayer de sauver sa peau et pour éviter que sa tête se retrouve en haut de l’actualité, ce serait quand même dommage de lui consacrer un reportage entier au journal de vingt heures uniquement parce qu’elle est trop sotte pour répondre à une question. Mais la peur embrume son cerveau, et elle s’entend dire la vérité comme si c’était une inconnue qui s’exprimait par sa bouche :

« J’essaie de m’échapper. »

*

L’homme ne comprend pas, il croit que si elle parvient à venir jusqu’ici sans que personne ne l’arrête, c’est qu’elle n’était pas prisonnière, ou en tout cas que son geôlier était bien clément. Il l’interroge, et elle explique de bon cœur.

« C’est là tout le drame de la chose, voyez-vous, personne ne nous empêche de partir et pourtant ceux qui fuient demeurent des exceptions. La vérité, c’est que les seules murailles qui nous retiennent sont dans nos têtes.

– Dans ce cas, à quoi cela sert-il de venir ici ? Si c’est votre esprit qui est enfermé, il le sera partout.

– C’est là-bas qu’ils vous pourrissent. Ils commencent par vous briser en mille miettes, et, pour la bonne cause, ils recollent les morceaux pour que vous correspondiez à l’idéal inoffensif d’une normalité qu’ils ont eux-mêmes définie. Ils vous manipulent jusqu’à…

– Qui ça, « ils » ? »

Elle fait une pause, puis s’emporte :

« La société ! Les autorités, les parents, les professeurs, les adultes en général, tous ceux qui ont déjà été moulés. Mais ils n’y arriveront pas avec moi, ça non, je ne me laisserai pas faire. Je suis libre. »

Les deux gardent le silence, perdus dans leurs pensées. Ils ouvrent en même temps la bouche pour prendre la parole, elle lui fait signe de commencer.

« Êtes-vous différente ? »

Une étincelle d’excitation brille dans les yeux de l’homme.

« Ca ne fait aucun doute, affirme-t-elle fièrement. Mais ce n’est pas une tare. Je ne voudrais pas être comme eux, je n’ai pas envie qu’on déchiquette ce que je suis pour me retirer mes particularités. C’est pour ça que je suis ici. Ils n’osent pas venir, on leur a appris que ce n’était pas un endroit très fréquentable, du coup ils restent bien à l’abri dans leurs petites résidences avec leurs familles modèles et leurs petits drames de quartier. C’est tellement plus simple de faire semblant que de regarder la vérité en face.  C’est tellement plus facile que de venir ici pour être la marginale en paix. »

L’homme boit ses paroles avec une attention surprenante, il forme avec les lèvres chaque mot qu’elle prononce, comme pour mieux l’intégrer. Il hoche vigoureusement la tête de haut en bas quand elle rapporte son sentiment d’être là sans vraiment l’être, qu’elle ne sait plus qui elle est, qu’elle l’a oublié… Il va même jusqu’à lui tapoter amicalement le dos quand elle verse quelques larmes.

Elle utilise des grands mots, elle parle de société corrompue et de dictature des idées, des grands mots qu’elle ne comprend pas elle-même.

*

Un bruit interrompt ses explications.

Peut-être était-il là depuis longtemps, mais elle vient seulement de le remarquer.

Tic. Tac.

Elle jette un regard intrigué à l’oignon, mais son aiguille est toujours aussi statique. Elle se sent ridicule, elle a l’impression que le tic-tac a pris le contrôle sur elle. Il occupe toute sa tête, couvre le brouhaha de ses pensées, il la dérange, la met mal à l’aise. Il lui dicte jusqu’à la fréquence à laquelle elle cligne les yeux. Elle laisse son regard courir sur chaque parcelle des murs de l’Abri ; le bois est nu de toute horloge.

Le martèlement l’angoisse, il lui rappelle désagréablement le bruit d’un compte à rebours. Et si l’homme avait enclenché une bombe ? Elle n’a pas dû être si intéressante que ça finalement. Il n’aura aucun regret à faire éclater une personne aussi tristement ennuyeuse qu’elle.

Après tout, il n’a sûrement pas tort : elle ne sera pas une grande perte, si ça trouve on versera quelques larmes à son enterrement, comme ça, pour la forme, et finalement elle ne manquera pas réellement à quiconque.

*

Tic. Tac.

Des coups dans son cerveau.

Tic. Tac.                                       

Elle va mourir bientôt.

Tic Tac.

Si dans trois secondes elle est encore là, elle est sauvée.

Tic. Tac.

Un… deux…

Tic. Tac.

Et…

*

« Quelque chose ne va pas ? »

Elle pousse un cri. Les trois secondes sont passées, l’homme l’a épargnée. Elle aurait presque envie de se jeter dans ses bras pour célébrer la bonne nouvelle, mais une voix dans sa tête lui glisse que ce serait légèrement déplacé.

Elle prend son courage de ses deux mains encore tremblantes et ordonne d’une voix prétendument confiante :

« Écoutez, je ne sais pas vraiment quelle heure il est dans votre petit monde, mais dans le mien, c’est celle de vous mettre à nu. »

L’homme grimace. Dommage. Elle était plutôt attachante. Il l’aimait bien.

Il prend sa main et murmure doucement, presque avec tendresse :

« On se ressemble, je suis différent moi aussi. »

Il retire son chandail – elle espère qu’il n’a pas pris ses paroles au pied de la lettre – et elle est parcourue d’un frisson d’horreur.

Sur toute la largeur du torse de l’homme se déploie une quantité innombrable de mécaniques de montre. Elles semblent avoir été greffées dans sa peau. La fille aimerait bien prendre ses jambes à son cou pour rejoindre sa génération perdue et sa terrifiante société, cependant ses pieds demeurent ancrés au sol, et ses muscles contractés ne répondent plus à ses appels désespérés. Elle doit fuir. L’homme est dangereux. C’est un monstre.

Il n’esquisse pas l’ombre d’un mouvement. Si ça se trouve, il est sincèrement navré de la voir dans cet état. Ou il attend encore la bombe.

Elle ne peut s’empêcher d’être fascinée par les mécaniques. Il n’y en pas deux identiques, chacune travaille à une vitesse qui lui est propre, certaines mêmes tournent à l’envers. Les aiguilles, trapues, longilignes, baroques, tournent et se chevauchent sans jamais se gêner. Quelques écrous rouillés sont sur le point de se dévisser. Des rouages surchauffés laissent échapper des étincelles rougeoyantes qui forment comme des feux d’artifice sur la poitrine de l’homme. Enchevêtrés dans ce bric-à-brac du temps se distinguent quelques originaux : un cadran solaire tend son gnomon[2] vers le ciel, un liquide bleu coule dans un sablier en verre et un métronome dodeline son aiguille cuivrée.

L’ensemble hétéroclite et toute la poitrine de l’homme se soulèvent au même rythme : son cœur palpite en un martèlement familier. Tic. Tac.

*

Une petite mécanique attire son attention. Il semble en émaner une aura particulière, et la fille s’en approche comme d’un aimant.

« Je vois que vous avez trouvé la vôtre » sourit-il.

Il saisit alors la montre et l’arrache d’un coup sec. Un sifflement aigu retentit lorsque  la fumée s’échappe de l’espace laissé vide, l’homme la dissipe avec son pull dégoulinant. Elle ne peut retenir un hoquet de surprise : au lieu de la plaie béante à laquelle elle s’attendait s’étendent encore d’autres mécaniques sur au moins une dizaine de couches. Elle se demande si elles occupent tout le corps de l’homme, mais ses bras nus laissent à penser le contraire. Il est visiblement une sorte d’être hybride, à mi-chemin entre l’humain et la machine.

Et il faut vraiment qu’elle arrête de lire des romans fantastiques, ça lui monte à la tête.

Elle saisit la petite montre à gousset qu’il lui tend et en caresse l’argent usé. Elle sourit : c’est une réplique parfaite de la montre que sa grand-mère, infirmière, utilisait pour mesurer le pouls des patients.

« C’est ce que je vous disais, à chacun vient son heure » enchaîne-t-il.

Elle pose la montre sur son poignet et compte les battements, mais les aiguilles sont totalement bloquées. Elle panique, elle s’acharne à tourner la couronne dans tous les sens. En vain. Elle ne sent plus son pouls non plus, elle enfonce ses doigts dans la chair de son bras, elle tâte son cou, mais rien n’y fait : son cœur est aussi arrêté que la montre.

« Et la mienne c’est…

– Maintenant. »

Alors elle comprend.

Elle fixe sa main ; son regard la traverse comme si c’était de l’eau. Elle ferme ses paupières en espérant échapper à la réalité. Si elle attend un peu, tout se remettra dans l’ordre. Le Temps arrange toujours tout.

C’est une illusion, rien qu’une illusion.

Un délire.

Cependant quand elle ose enfin rouvrir les yeux, ce n’est que pour voir le sol de la cabane s’éloigner sous ses pieds. Et le Temps qui d’en bas lui fait ses adieux.

Elle s’envole.

Haut.

Libre.


[1] Il est ici question de la montre à gousset et non du légume.
[2] Il ne s’agit pas ici d’une espèce protégée de petit gnome de jardin, mais de l’aiguille d’un cadran solaire.

 

Papier du 31.05.2013

© Aya

Inventaires

Ça fait longtemps.

J’ai peur de me répéter un peu mais j’ai pas vraiment le temps… Je suis en train de finir d’écrire un projet qui était assez long à réaliser, je le mettrai en ligne d’ici quelques jours. D’ici là, quelques petites babioles. Au fait, je les ai mis sous le libellé de Crise productive parce que c’est le genre de choses qu’on écrit sans trop réfléchir, on laisse juste tout sortir.

There is nothing to writing. All you do is sit down at a typewriter and bleed.

Ernest Hemingway

Notre prof de français nous a proposé un nouvel atelier d’écriture à la manière de Sei Shōnagon 清少納言, c’est à dire que l’on devait rédiger des inventaires sur des thèmes différents. Voici les miens:

Inventaires

CHOSES QUI ME METTENT EN COLÈRE

Ceux qui font semblant d’être quelqu’un qu’ils ne sont pas. Le soleil avec une tête de bébé des Teletubbies et son rire de psychopathe. “Tu peux pas comprendre.” Les disputes sous des prétextes stupides. Ceux qui parlent de choses qu’ils ne comprennent pas. Ceux qui se croient supérieurs. La différence qu’on fait entre “humains” et “animaux” alors que l’humain est un animal. Les crimes commis au nom de la religion. Ceux qui veulent toujours être au centre de l’attention. L’hypocrisie. Les bouteilles de shampooing vides dans la douche. Un après-midi perdu à ne rien faire. L’obsession pour les chevaux. Le chat qui te mord les orteils à quatre heures du matin. Les adultes qui oublient qu’ils ont été comme nous. Les bébés qui poussent des cris stridents. “Non rien, oublie.” Quand mon cerveau est hyperactif. Les vieux qui pensent que les jeunes sont tous des rebelles. Le racisme. Quelqu’un qui parle pour moi en pensant connaître mon avis et qui se plante. “Pas méchant, mais bizarre.” Ne pas avoir assez de temps. Trouver des cours inutiles. Les gens mous. Ne pas savoir. Les chansons/films mièvres. Les idées reçues. Être enviée.

CHOSES QUI ME FONT RIRE

Arnaud Tsamere. Le mot “gnou”. La tête de quelqu’un qui rougit. Les grimaces bizarres. Les palourdes royales. Les gens qui font comme si de rien n’était quand ils viennent de faire/dire une chose ridicule. Le clip Speak to Me de Charlie Winston. L’accent québécois. Les jeux de mots pourris. Imaginer les pensées des inconnus. Les raisonnements superficiels. L’humour absurde. Les conversations des gens dans la rue. La tête de quelqu’un de concentré. La stupidité humaine. Les illusions naïves. L’ironie. Gad El Maleh. Voir les autres rire. Un enfant qui dit une vérité difficile à entendre. Parodier des comportements stupides. Tourner un film entier en dérision. Décider que le Lieutenant Caine des Experts: Miami est un écureuil. Faire les mêmes mouvements en même temps que Fanny. Les noms grecs. Rosalie. Les bizarres. Kaamelott. Repenser aux bêtises qu’on a faites. Sauter dans les flaques avec Naomi. L’hyperactivité de Marie. La Chèvre. Faire peur à un ami.

CHOSES QUI NE FONT QUE PASSER

La buée sur la vitre au sortir de la douche. L’insouciance des petits enfants. Le temps. Un regard. Un vrai sourire. Une décapotable avec la musique à plein volume. Le teint rose de quelqu’un qui a couru. Un silence serein. Un moment de simplicité. Une étoile filante. La bonne chanson au bon moment. La déception d’avoir fini un bon livre. Les étrangers dans la rue. Le soleil en Suisse. Les années. La vie.


Papier du 23.05.2013

© Aya

Albatros

Bonsoir,

Deuxième épisode de Polar aux Ides, celui de février donc, puisqu’il y en aura un par mois. Écrire une nouvelle par semaine était en effet peu réalisable point de vue temps, et surtout, certaines photos, bien que remarquables esthétiquement parlant, ne m’inspirent pas énormément.

J’ai donc choisi d’illustrer la photo de la semaine 9/52, dont le thème était Cadre. J’avais déjà façonné mon idée autour de la phrase que m’avait dès le début inspirée la photo, à savoir:

« On dirait que l’oiseau est la seule touche d’espoir dans ce paysage dévasté».

J’ai essayé de reprendre les traits principaux de l’image, à savoir l’eau, le ponton, l’oiseau, et l’espoir. Je pense ainsi que l’image et le texte se complètent bien.

J’en ai aussi profité pour essayer quelques trucs qui me trottaient dans la tête, comme écrire en majorité avec des « tu » et me glisser dans la peau d’un garçon. C’est un exercice assez difficile, mais j’ai bien aimé écrire ce texte, même s’il n’est pas parfait. Je suis assez contente du résultat…

Ah, et le titre Albatros, c’est en hommage au poème de Charles Baudelaire que je trouve très touchant et beau.

article sur la photo

 Albatros

       Je m’en souviens encore. Jamais je n’oublierai.

C’était une soirée d’été comme les autres, l’obscurité était fraîche et étoilée, et sous la lune scintillante nous déambulions. Nous avions l’habitude alors de nous en aller errer ensemble, sans but, comme deux vagabonds. Souvent, tu t’arrêtais un instant et demeurais immobile. Ensuite, tu riais soit des canards bruyants, soit des cris des enfants, mais la plupart du temps c’était la silhouette sombre des arbres qui t’émerveillait. Tu me disais que tu leur enviais leur majesté, que toi, si chétive, tu aimerais être aussi solide qu’eux. Et moi je ne comprenais pas, parce qu’à travers toutes les saloperies de la vie, je t’avais toujours trouvée admirablement stable. Tu étais mon point d’ancrage.
Tu restais ainsi à t’éprendre des beautés de la nature, et pendant ce temps je ne regardais que toi. Je scrutais chaque trait de ton visage, et je restais ébahi de te voir comblée par tant de simplicité. Moi qui cherchais constamment le bonheur, je te voyais le toucher du doigt devant des riens.

Ce soir-là, tu oscillais du rire aux larmes, et je ne savais pas comment réagir. Je pensais te connaître si bien, et pourtant je ne comprenais pas. J’aurais aimé te prendre dans mes bras, mais mes mains demeuraient collées le long de mon corps, et j’attendais comme un idiot que tes larmes laissent la place à un sourire. Quel pitoyable ami je faisais. J’étais totalement désemparé devant ce qui était probablement l’essence-même de toi. Je ne savais rien. J’étais dévasté de te voir dans ces états, et pourtant je ne pouvais m’empêcher de te trouver belle dans ta souffrance.
Tu n’aimais pas vraiment parler de toi. Tu disais que je devais apprendre tout seul, trouver les clés pour te comprendre de moi-même, sans que tu n’aies à m’aider. Mais j’étais mauvais à ces jeux, tu le savais bien, alors je me contentais d’exister pour toi, et tu me convainquais que cela suffisait.

Ce soir-là, notre errance nous avait portés du côté de la plage, et tu voulais te baigner. Arguer que l’eau était glaciale ne servit évidemment à rien, tu faisais ta tête de mule. Tu as dénudé des pieds pour sentir le grain du sable contre ta peau, tu frémissais de la sensation du vent dans tes cheveux. J’ai vu une goutte d’eau briller sur ta joue, mais tu as tourné la tête avant que je puisse l’essuyer. Tu m’as donné un coup dans les côtes et m’as défié de nager avec toi jusqu’aux bouées jaunes que l’on voyait dodeliner à la surface de l’eau, au loin. C’était trop dangereux, les vagues étaient virulentes, pourtant mes tentatives de te dissuader étaient toutes vaines. J’aurais dû te retenir, faire de mes bras une cage qui t’aurait retenue sur le rivage, mais a-t-on idée d’empêcher les oiseaux de voler par peur qu’ils ne se brisent une aile ?
Tu m’as promis de me rejoindre au bout du ponton en bois, quelques pas plus loin sur la berge. Alors je m’y suis avancé à contrecoeur et, assis à son extrémité, je t’ai regardée fendre les flots. Tu t’es engagée dans les profondeurs noires, tes vêtements collant à ta peau. Sans jamais t’arrêter, car tu étais toujours aussi sure de toi. Je crevais de trouille, mais tu ne pouvais pas comprendre. Tu n’avais jamais connu la peur.
Le courant du lac ne se calmait pas, au contraire. Dans la nuit je ne te voyais plus, tu t’étais confondue avec la violence des vagues. Je pouvais sentir la morsure glaciale de l’onde sur mes orteils.
J’ai attendu.
Interminablement.
Il y a bien longtemps que j’avais renoncé à t’apercevoir dans les remous, cependant mon inquiétude croissait car tu demeurais introuvable.
Lorsque l’eau s’est apaisée, j’y ai plongé, et j’ai nagé pendant des heures. Mon corps me criait de me reposer après ma nuit blanche, mais mon acuité visuelle était intacte. Tu n’étais pas là. J’ai rejoint le ponton, dans l’espoir fou que tu y serais, que tu me sermonnerais gentiment de ne pas y être resté jusqu’à ton retour. Mais la rive était vide, il n’y avait plus que le souvenir de toi qui hantait chaque parcelle de la plage. Et tes sandales, comme un trophée dans le sable.

Aujourd’hui, je t’attends encore.
Je passe chaque semaine des heures sur ce ponton, à scruter l’horizon. Je m’interdis de penser que c’est peine perdue, je m’accroche corps et âme à ta promesse. Puisque tu avais juré que tu reviendrais, un jour tes pieds fouleront le bois du ponton.
Car il ne me reste que l’espoir, j’espère un jour revoir mon albatros avec des ailes intactes. Et comme un oiseau n’oublie jamais comment voler, je ne désapprendrai pas à t’aimer.

Papier du 25.03.2013
© Aya