L’Araignée

by Les Petits Papiers d'Aya

J’aime beaucoup me mettre dans la peau d’une sadique. Je dois dire, c’est horrible, mais c’est plus drôle que de quelqu’un de gentil, de sincère. Je l’ai écrit d’une traite ce matin, alors c’est volontairement pas retravaillé.

L’Araignée

 

T’as comme un goût amer sur les lèvres quand tu m’aimes.

Dis-le encore. Fais-en ton mantra, répète. Répète comme tu en mourrais, si j’étais pas là. Oh je suis cruelle mon amour, je suis une catin.

Sur le berceau du jour tes cils tremblent un peu et tes étoiles s’allument. Ca brille comme une flaque d’eau dans tes prunelles. Encore un, encore un, youpi, on m’aime, un tableau, une coche, mais toi tu mérites peut-être ton nom.

J’avais jamais ressenti ça avant… C’est la première fois que je parle de ça à quelqu’un. Non, finalement, t’es bien le déchet banal que je pensais. Tout ce qui compte c’est la nouveauté. Tu m’aimes pas encore assez. Faut que je reste. Tu vas souffrir. Tu vas avoir mal à en crever, je te le promets. Tu repenseras mon corps, mes mots, ma haine te manquera. T’es un oisillon attiré par l’ouragan. Ta fascination pathétique – ta perte. T’auras les ailes ployées.

A quoi tu penses ? Je sursaute. Tu regardais les fantômes, tu les déshabillais avec tes yeux. J’ai été un peu jaloux. Fais-toi pardonner, dis. A quoi tu penses ?

T’es tellement inutile. Je te le dis ? T’es tellement inutile. Tu ris. Pour toi c’est un jeu. Chez moi c’est la chasse. Tu t’en rends pas compte encore. Mais bientôt tu seras à moi. Je vais t’enlacer, chéri. Je suis une araignée, une grande araignée, j’enroulerai tranquillement mes huit longues pattes autour de toi, de ton esprit, de ta vie, et plus lentement encore je serrerai ton petit corps tout cru, et tu étoufferas. Tu en mourras. Et ça te plaira.

Tu t’arrêtes de manger. C’est pas bon ce que je t’ai préparé ? Oh si, mais tu préfères me regarder. Je me dessine une moue. Je baisse un peu la tête, te regarde entre mes cils, et je souris un tout petit peu. J’incline la tête vers la droite, mes cheveux me suivent, je trempe les lèvres dans mon café, je te regarde encore. Je baisse les paupières très lentement. Quand je les rouvre, c’est réussi. Ta bouche entrouverte laisse échapper des petites respirations saccadées. T’es un chien. Je suis ton os, ta laisse, ton abri, ton maître, ta vie.

T’as une grosse morsure de moi sur ton cœur. Tu marches un peu trop bien dans mon jeu j’ai peur. T’es encore plus faible que t’en as l’air. T’es trop faible, ou je deviens trop forte. Mon venin plus destructeur. Je devrais te calmer.

Je te regarde, je te fusille des yeux, je pense à comme tu pues, comme t’es plat, comme t’es rien. T’as même pas assez de consistance pour que je te déteste. Là aussi j’en fixe, un fantôme.

C’est fou tout ce qui peut se passer dans un silence. Tu souris. Arrête de me regarder comme ça ou je vais tomber amoureux, et quand j’aime, je deviens con. Je prends un air innocent. T’as des cils super longs, tu mets du mascara ? Non, mais on te le demande souvent. C’est vrai qu’ils sont beaux. Ton ex en devenait folle, elle portait des faux-cils tous les jours pour être plus biche que toi. Excuse. C’est super intéressant, mais faut que j’appelle quelqu’un.

 

Ca te fait du mal à ton petit ego de mec. De voir qu’y a pas que toi.

Je t’ai averti pourtant. Bientôt, t’en crèveras.

Papier du 24.12.2013
© Aya.

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